Sunday, January 28, 2007



Arno fout sa cagoule!

C'est dingue comme la mémoire peut parfois vous jouer des tours.

J'avais une espèce de théorie selon laquelle un album d'Arno sur deux était une merveille et l'autre une grosse merde.
"
Charles Ernest" était dans mes souvenirs excellent tandis que le suivant, "French Bazaar" ne ressemblait absolument à rien.

Selon ma logique, donc, le nouveau - "Jus de Box" - allait être une véritable tuerie (enfin, "tuerie", du calme! Ca reste du Arno après tout. Disons que je pensais qu'il allait être bien, allez...).

Or, j'ai réécouté "Charles Ernest" pas plus tard que là, tout de suite, et quelle ne fût pas ma surprise de constater qu'en fait, c'est un album vraiment pas terrible.
Bon, il y a bien quelques trucs à sauver: "Je veux nager", une paire de reprises ("Mother's Little Helper" et "Elisa") plus un ou deux brols moyennement torchés.
Mais pour le reste... Rien de bien grave, en somme...

"French Bazaar" est par contre un album objectivement nul et creux mais, paradoxalement, on y trouve quelques perles.
Au moins autant que sur l'autre, en fait...
"Chic et pas cher" et sa dégaine de fin de kermesse flamoutche, une reprise de "Voir un ami pleurer" de Brel dont j'avais oublié jusqu'à l'existence et surtout deux perles dépressivo-larmoyantes: "40 ans" et "La Vie est une Partouze" ("y a quand même que lui pour trouver des titres pareils" me confiait encore tout à l'heure T.C. Mon Tichke dans les toilettes du "Jean Boudin").

Ma théorie s'en trouvait donc toute chamboulée.

Qu'allait-on pouvoir dire de ce fameux "Jus de Box" (si ce n'est que son titre est crétin et que la seule utilité de son hideuse pochette est de faire passer la Cité Administrative de Bruxelles pour le skyline de Manhattan)?
Eh ben contre toute attente, on peut en dire que c'est une fameuse cuvée.
Peut-être même bien ce qu'il nous a pondu de meilleur depuis "Idiots Savants", par là...
Sacré vieux lui, va.

Oh, bien sûr, ça reste un album d' Arno avec dessus ce que Arno sait faire.
On divague donc pas mal et on navigue un peu à vue entre musc-blues hors du temps et balades pour poivrots en fin de virée.
Sans oublier les inévitables morceaux kitch-kermesse-fanfare à reprendre en choeur quand on est saoûls.
Mais tout ça est plutôt mieux torché que d'habitude et on y distingue même l'une ou l'autre vraie réussite.
"Miss Amérique" et son refrain de branquignols, les guitares "en avant!" de "Mourir à Plusieurs", la formidable énergie des "Filles de mon Quartier".

Et puis surtout, LE chef-d'oeuvre: ce fameux "Boeket met Pisseblommen" en "dialecte ostendais", très, très réminiscent du T.C. Matic de la grande époque (avant "Yé Yé", donc).

Alors, oui, il y a aussi des faiblesses.
Des morceaux dispensables ("Red Lipstick", "Enlève ta Langue", "Toute la Nuit").
Des textes parfois limite con-con ("Je t'aime jusqu'au bout/Je t'aime jusqu'au trou"! Ouuuaaaaiiiiis !!!!).
De la paresse, aussi (comme sur "Charles Ernest" l'album s'ouvre et se clôt sur le même morceau arrangé légèrement différement et chanté une fois en français, une fois en anglais).

Mais tout ça n'est que broutille par rapport au capital sympathie que dégage cet album de vieux briscard qui semble maitriser son truc tant par son talent que par sa roublardise.

MAIS!

Car il y a un MAIS!

Et pas un petit, pas un mesquin, pas un qu'on ne repèrerais pas, caché dans son coin.

Non, un truc énorme, invraisemblable, anthologique!

Un truc de ouf dont je rirais probablement jusu'à la fin de mes jours!

"I'm not into Hop"!

LE duo hip-hop/rock'n'roll entre Arno et Faf La Rage!

Un bordel, ce truc!

A la limite du pas croyable!

Michaël Youn aurait essayé de faire pareil avec ses "Fatal Bazooka" qu'il n'y serait pas parvenu, c'est bien simple!

Tout y est: grosses guitares grailleuses pour de bien faire rock'n'roll, grosse rythmique binaire et ambiance bling-bling pour de bien faire hip-hop.
Paroles à la con, gimmicks antédiluviens (Aaah! Les "Ouais, ouais" de Faf La Rage pour ponctuer les phrases d'Arno!).

Le pètage de LOL quand l'autre déboule avec sa grosse voix de gangsta pour balancer "Faut arrêter les bombes, que fleurissent les tombes pour que les enfants qui viennent au monde... s'aiment".

Jusqu'à la "dédicace" finale "Ouais, Faf, Arno, dealers de hip-hop rock'n'roll, deux zéro zéro six... Peace..." Mouahahahahahaha !!!!!

Aaaah!!! Merci Arno, merci Faf La Rage pour ce grand moment de belle et franche rigolade!

Si quelqu'un m'avait dit un jour qu'Arno allait être capable de nous pondre un album à la fois aussi bon (ouais, ouais quand même) et aussi drôle (pour ne pas dire "et aussi con", la rime aurait été facile) je l'aurais sans doute jamais cru.

Donc, pour le coup, moi je dis: "respais"!

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