Monday, January 15, 2007




Punk pas mort: Les 10 indispensables

(ou And Now, for Something Completely Differrent...)

7.10. Buzzcocks "Another Music in a Different Kitchen"

Aaaah!!! Les Buzzcocks!
All-time personal favorites, comme disait l'autre...

Voilà bien la formation la plus injustement méconnue au sein de la kyrielle de groupes punks et assimilés qui constitua ce qu'on peut bien appeler la "déferlante" des années 76/77.

Mis à part bien entendu de réels seconds couteaux tels que Sham '69, Stiff Little Fingers, 999 ou les plus tardifs Undertones (n'en déplaise à feu John Peel), les Buzzcocks fûrent bien les plus oubliés, les plus délaissés des pères fondateurs du punk.
Relégués loin derrière les Sex Pistols, les Clash ou bien encore les Damned auxquels ils étaient pourtant au départ logiquement apparentés...

Logiquement?
Peut-être pas autant qu'il n'y parait, après tout!

Car si la musique du quartet mancunien mérite qu'on s'y arrête, c'est peut-être plus à cause des différences qu'elle cultive vis-à-vis du tout-venant punk qu'à cause de leurs éventuels points communs.

D'ailleurs peut-on réellement parler de punk dans le chef des Buzzcocks?

Oui et non.

Oui, c
ertainement si l'on s'en réfère à l'énergie, à la rapidité furieuse, presque abrasive avec lesquelles sont balancés des morceaux courts, tendus et qui se font en plus faussement (ou du moins ironiquement) l'écho d'un certain mal-être adolescent...

Non - ou plutôt "peut-être", "pas tout à fait" - si l'on considère l'étonnante complexité des compositions et des arrangements, la multiplicité des références (les Buzzcocks n'hésitaient pas à aller puiser dans le backcatalogue de la pop britannique des années '50/'60 là où la plupart de leurs collègues de l'époque avaient plutôt tendance à brûler ces anciennes idôles) et l'intelligence de textes à la fois revendicateurs et rigolards dans lesquels le second degré est manié avec une dexterité et un sens de la distance parfois confondants.

Fondateurs historiques du mouvement via leur premier EP "Spiral Scratch", autoproduit et sorti sur leur propre label "New Hormones", le groupe - fondé en 1975 par Pete Shelley et Howard Devoto (lequel les quittera bien vite pour s'en aller fonder Magazine) - est encore actif de nos jours mais ne proposera à l'époque qu'une poignée d'albums au rang desquels les deux premiers seulement peuvent être tout à fait considérés comme des "indispensables"*...
Oui, mais alors là, tout à fait indispensables!

Le premier des deux n'est autre que cette fameuse "Autre Musique dans une Cuisine Différente" dont nous parlons ici, bien évidemment...

Le secret de cet étrange album - ainsi que de ces deux successeurs - est à chercher dans un recoin tout à fait surprenant du cerveau de Pete Shelley...
C'est en effet son étonnante obsession pour le krautrock en général et Can en particulier qui va transformer ce qui était au départ une simple collection de chansonnettes punk-pop efficaces mais quelque part anodines en autant de monstrueuses compositions épiques (bien que ne dépassant presque jamais les 3 minutes).
Des épines dorsales rythmiques dantesques et répétitives sur lesquelles viennent se greffer de véritables dentelles de guitares enjolivées d'harmonies vocales du plus bel effet "Fab Four".
Un peu comme si les Kinks avaient rencontré les Ramones à Berlin!

A n'en pas croire ses oreilles!

Il suffit d'ailleurs d'entendre les premières secondes de "Fast Cars" et leur solo en deux notes réminiscent de "Boredom" (la face B de "Spiral Scratch") pour s'en rendre compte.
Dès cette entrée en matière rock'n'roll quasiment minimaliste, l'album se déroule, majestueux, fringant, à la limite de l'arrogance. Entre légéreté pop et froideur germanique...

Des breaks incroyables de "You Tear Me Up" à la pop cristalline et pourtant virulente d' "I Don't Mind" en passant par le quasi parodique "Autonomy", tout s'enchaine avec une élégance et une sophistication de tous les instants jusqu'à aboutir - on pourrait presque dire "logiquement" - à ce climax infernal qu'est "Moving Away from the Pulsebeat", pure merveille de transe punkoïde presque entièrement construite autour de la ligne de batterie répétitive de John Maher (avec Rat Scabies, probablement l'autre grand batteur punk) et des parties de guitares hypnotiques de Pete Shelley.

Les Pistols étaient braillards et revendicateurs, les Clash politiques et inventifs, les Damned rock'n'roll et flamboyants!
Les Buzzcocks quant à eux, avec leurs improbables petits costards mods qui ne sont pas sans faire penser à Jam, étaient plus que tout cela réuni.
Post-punks avant la lettre ils ont réussi le tour de force d'être des précurseurs tout en offrant à leur public une sensibilité pop, pour ne pas dire romantique, héritée à la fois de la tradition anglaise, des grandes figures du glam-rock et de la bouillonnante scène américaine issue du CBGB.

Et tout ça en se permettant le luxe d'être aussi une affolante machine à tubes!**



(*Le second c'est bien entendu "Love Bites". Mais ne laissons pas pour autant de côté le troisième "A Different Kind of Tension", sorte d'album-charnière entre le punk et la new-wave dont les compositions laissent malheureusement un peu plus à désirer).
(**Comme le prouve d'ailleurs "Singles Going Steady", probablement la meilleure compilation jamais sortie par un groupe et une excellente introduction à la carrière des Buzzcocks).

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